Fuga Mundi

Septembre à Novembre 2016 // Fresse, Haute-Saône

• Résidence Mon village et l'Artiste •

Nous sommes arrivés à Fresse en septembre pour repartir début novembre.

Nous nous sommes installés là, en bordure de forêt, dans la maison des Rondey, chez Michel Loyez.

Une saison est passée, laissant place à une autre. L’été s'en est allé, les feuilles ont commencé à mourir, à tomber. Il a neigé…

Nous avons écouté, nous avons marché, nous avons attendu, nous avons entendu, nous avons gouté la chaleur de l’accueil, nous avons cherché sa pulsation, sous les branches en décomposition, derrière les arbres, dans les pas de ceux qui vivent là.

La problématique choisie par le parc et par la commune était : "Fresse, terre sauvage". Fresse est un village de 700 habitants, entouré de forêts, et de montagnes. Ce qui résonnait pour nous dans cette question était la notion de « lisière », frontière entre le monde animal et celui des hommes, sa porosité, ses contradictions…

les chroniques sauvages

rendez-vous d'hyper-proximité tous les jeudi

Tous les jeudis, Éric Loiseau, chroniqueur intérimaire pour radio charrette, présentait une nouvelle chronique dans différents hameaux du village.

Envoyé spécial de l'insignifiant, suivant les pas de Georges Pérec, il pose son micro sur les murs d'un lavoir, devenu le lieu de rendez-vous des adolescents, il retrace le chemin du Raddon, rivière prenant sa source en haut du village pour se jeter un jour dans la méditerranée, il se rappelle les cabanes de son enfance, il plonge dans la correspondance d'un soldat russe devenu le boulanger de Fresse...

extrait de la chronique du jeudi 6 octobre au lavoir des viaux

7h42 : les oiseaux du matin se racontent leurs rêves de la nuit passée.
Au loin, on entend la scierie qui se réveille
Les premiers volets s'ouvrent. Il est 7h43.
C'est l'heure où les voitures s'élancent dans leur défilé du tous les jours
Il est 7h44.
Le bus des lignes saônoises traverse le village. Il vient de Belfahy. Il est vide
7h45 : le panneau des viaux est toujours devant moi imperturbable.
Un Camion blanc : Parisot Regis (Plomberie)
7h46 Nicolas dans son camion de paysagiste, vient sans doute des Larmets.
7h48 le camion poubelle.

7h52 Deux collégiens arrivent des Fougères. Ils ont un cartable plus large qu'eux. Ils viennent ici attendre le bus pour aller au collège de Mélisey.
7h55 Arrive Louis, le plus costaud de la bande. Puis Jules  avec sa sœur. 
Le bus disparaît. Il est 8h03. La voisine sort son chien.               
8h05 j'écoute le temps qui passe.

silence...
10h32 je passe chez Mme Simonin
10h40 un tracteur bleu avec une botte de foin   
10h44 on entend de l'accordéon depuis chez M Triponez
10h54 quelqu'un balaye à deux maisons d'ici.

( ... )

Je m'amuse à regarder les murs du Lavoir. Juste derrière le bac de fleurs. Il y a le dessin d'un enfant. Koboo. On voit un bonhomme bleu, au dessus de lui des fleurs, un soleil, des nuages, un cœur brisé. Sur les murs, d'autres inscriptions. « Flo je t'aime toi plus que tout », des années , « 2008 », « 1998 », des prénoms : « Zorian », « Jonathan », « Jordan », « Valentine »
« A la vie à la mort »

Tu as lu ton nom dans un cœur
A la vie à la mort
Ce jour là rien d'autre n'avait d'importance
A la vie à la mort
L'amour passe et six mots restent
A la vie à la mort

sur la porte du lavoir des Viaux plus personne ne lave son linge mais le pouls du lavoir continue de battre. Les secrets chuchotés devant l'eau savonneuse ont fait place aux secrets qu'on s'écrit en cachette.
A la vie à la mort
L'enfant pleure son premier je t'aime
L'adulte l'oublie et l'ancien s'en rappelle
Le lavoir, lui, ne dit rien mais laisse couler inlassablement le fleuve de nos amours.


FUGA MUNDI

spectacle phonographique à écouter et à arpenter

Au terme de nos deux mois d'immersion, nous avons proposé aux habitants de Fresse un spectacle phonographique déambulatoire autour de la maison des Rondey. Notre intention était d'interroger la relation que l'homme tisse avec la nature lorsqu'il habite la frontière qui sépare ces deux mondes. Le public était accueilli par Éric Loiseau, errant cette fois sur la lisière, traçant le parcours à coups de clarinette lancés aux oiseaux, aux arbres, à la vallée. De la forêt au jardin, en passant par la maison, les auditeurs-spectateurs découvraient les chuchotements de Louise, céramiste animalière, observatrice des animaux sauvages, les cris de Nicolas et de ses amis, chasseurs passionnés en battue, les sons étranges de Jean Marie, maître en radio amateur, télégraphiste, magnétiseur et sourcier. Puis les temps d'écoute étaient rattrapés par le son présent, par la parole du lieu prise en charge par Éric Loiseau, dansant au milieu des arbres. Quatre guides silencieux accompagnaient le public dans cette traversée et une meute de chanteurs et chanteuses hurlant comme des bêtes sauvages finissait de le surprendre... Le groupe de théâtre de Fresse (Dédé, Marie, Martine et Sabrina) et la chorale de Mélisey, renommée la Meute, nous ont accompagné dans l'écriture et l'interprétation de ce spectacle in situ. Encore merci et bravo à eux!

au milieu des arbres,
en lisière de forêt
une maison
304, les Rondey
chez Michel Loyer, le loyes’
on dit aussi la maison des Rondey
ou la loyère…
ici les maisons sont numérotés de 1 à 421
pas de rue pour les séparées,
pas de nom d’amiral, de président, d’homme (de femmes quelque fois) connus ou oubliés, usés par les pavés,

mais des hameaux
chargés d’histoires,
des hameaux
reliés à la terre qui les porte
et une suite de chiffre, de nombres et de noms,
de petits noms même,
on ne connaît pas toujours le nom de naissance,
on se renomme,
ou on se fait renommer,
on se surnomme,
on se recrée,
le nom d’ici n’est pas celui qu’on porte ailleurs

les maisons ici faisaient une ronde
c’est la ronde des Rondey

ici était une ruine
ici vivait un homme
Sa maison dépliée dans le silence de la forêt
dans le bruissement qui la borde
ouverte sur l’extérieur, son intérieur n’est que dehors
dehors de bois
arbre sculpté, façonné
métamorphosé
cabane, maison, tanière…


En arpentant un lieu, nous avons découvert un lien puissant, multiple, vivant, noué entre les hommes et les arbres, entre les vivants et les morts, entre le chant des oiseaux et celui des machines, lien complexe, mouvant, insaisissable. Il nous a parlé d’un refuge, d’un endroit préservé, à sa manière, d’un habitat, ou plutôt d’une façon d’habiter. La montagne qui veille, la chouette qui surveille, l’humus des ancêtres qui résonnent sous les pieds, lient et relient. Ils nous rappellent à notre condition de petite espèce parasite, installée en bordure du monde, nous poussent à s’accorder à un temps qui dépasse celui qui trotte dans nos montres.

ICI, un entretien réalisé par Fabien Velasques pour la bibliothèque en vadrouille de l'espace multimédia Gantner à Bourogne.

http://mediatheque.communaute-emg.net/2016/11/09/la-bibliotheque-en-vadrouille-in-situ-n92/

 

Cet appel à projet lancé à l’initiative du Parc naturel régional des Ballons des Vosges consiste à mettre en place des résidences d’artistes dans des communes de son territoire. Sa philosophie «artistes et habitants imaginent ensemble une société où chacun rencontre son voisin pour un monde plus solidaire et plus convivial».

Cette action reçoit le soutien des Régions Bourgogne Franche-Comté et Alsace Lorraine Champagne-Ardenne et de la DRAC.

Terminal Sauvage

Création Sonore issue de la résidence Fuga Mundi